"Pièce montée", écrit par Mary Jane Clark.

Comment ne pas mener l’enquête

Laisser un commentaire
Lectures

Il n’est pas anodin pour un polar américain de porter le nom de Clark. Quand il s’affiche en grandes lettres sur une couverture, on pense tout de suite à un des poids lourds du genre : Mary Higgins Clark, véritable championne des ventes dans le monde entier.


 

Elle est au polar ce que Marc Levy ou Guillaume Musso sont à la fiction en France : une valeur commerciale sûre. Le char Patton qui écrase tout sur son passage. Mary Higgins Clark est une référence si célèbre que le simple fait de porter son nom devient un argument publicitaire. D’ailleurs, elle n’est pas la seule Clark à s’être aventurée dans le monde du polar. Sa fille, Carol Higgins Clark, est également auteure de romans policiers. Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à son ex-belle fille – c’était le point Voici de la chronique : Mary Jane Clark.

Mary Jane Clark s’est faite connaître grâce à une première série de romans policiers mettant en scène l’équipe de l’émission fictionnelle « Key News ». Je n’ai pas encore lu d’ouvrage de cette série. J’irai peut-être y jeter un œil. Le livre dont je vais vous parler aujourd’hui est le premier de sa deuxième série intitulée « Wedding Cake Mystery ». 

Cet ouvrage s’éloigne de l’univers du journalisme. L’héroïne, Piper Donovan, est actrice – ou plutôt aspire à l’être. Malheureusement, la concurrence est rude et la jeune femme est contrainte de retourner vivre chez ses parents. C’est l’occasion pour elle de donner un coup de main à sa mère, qui tient une boutique de gâteaux et confectionne notamment des pièces montées réputées. Et ça tombe bien, car une amie de Piper, l’actrice Glenna Brooks, souhaite commander un gâteau pour son second mariage. Mais les préparatifs de l’heureux événement vont être bouleversés par un décès des plus suspects. 

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui arrivait aux personnages secondaires des polars ? Ceux qui font partie de l’entourage de la victime mais qui ne prennent pas part à l’enquête ?

 

Il est difficile de ne pas comparer les deux Mary car j’ai retrouvé dans ce livre le côté très propre et lisse des personnages de Mary Higgins Clark. Les femmes y sont belles, élégantes, cultivées et possèdent de longues chevelures éclatantes et des robes qui soulignent la finesse de leur taille. Les hommes s’appellent Bill, John ou Andrew et portent des costumes. On a l’impression d’être face à une vitrine ou à un portrait en 2D. Tout cela manque malheureusement de nuance et de profondeur. 

Au sujet de l’écriture, Mary Jane Clark affiche une certaine maîtrise. Les chapitres s’enchaînent bien, il y a un rythme correct et on se demande vraiment qui est le meurtrier jusqu’à la fin. On peut néanmoins reprocher à l’auteure un manque de personnalité dans son écriture. Comme l’univers dans lequel évolue son héroïne, tout est très lisse. Cela ne m’aurait pas dérangée outre mesure si le roman m’avait mise face à une intrigue solide et à une enquête haletante, au cours de laquelle chaque pas aurait amené Piper un peu plus près du meurtrier. 

Mais Piper n’enquête pas. Elle ne cherche pas. Elle ne fouille pas, questionne à peine et s’interroge de temps en temps, uniquement pour nous rappeler qu’on est censés être dans un polar. En dehors de ça, elle ne prend aucune part active ou passive à la recherche du meurtrier. Elle se contente d’être témoin des faits. De temps en temps elle appelle son ami/soupirant bien informé- ce n’est pas un spoiler, ce type la poursuit avec la subtilité de vil coyote courant après bip-bip – pour lui demander où en est l’enquête. 

Ils se contentent d’être témoins des meurtres, ils sont interrogés par la police et s’en retournent à leurs activités quotidiennes jusqu’au meurtre suivant ou à la résolution.

 

Pour le lecteur, c’est formidablement frustrant. Les seuls éléments qui nous permettent d’aller plus loin dans l’intrigue sont les moments où l’auteure délaisse son héroïne pour se pencher sur ce que se passe dans la tête des personnages autour d’elle. C’est uniquement dans ces moments-là qu’on a enfin l’impression d’accéder vraiment à l’intrigue. On a même droit à des fausses pistes ! Puis on se retrouve à préparer une meringue à l’italienne ou des roses des sables, activités certes nobles mais qui ne contribuent en rien à la découverte du coupable. Au moins, le suspense est préservé jusqu’à la fin du roman. Il est véritablement impossible de deviner qui a fait le coup, étant donné qu’aucun élément n’est donné au lecteur.

J’espère en tout cas que les gâteaux n’étaient pas au diapason du caractère de l’héroïne : franchement fade et sans saveur. Elle n’a littéralement rien de spécial ou de particulièrement attachant. Je l’ai suivi activement pendant tout le roman, et pourtant, je n’ai rien noté de particulier dans sa personnalité. Bien sûr, c’est une jeune femme belle et intelligente, active et déterminée. Mais pour moi, il manque le petit détail. L’élément intéressant qui la distinguerait de n’importe quelle autre héroïne de roman, qui ferait que je m’en rappelle ou que j’ai envie de m’y attacher. La seule chose que j’ai vraiment retenu du personnage, c’est qu’elle est très active sur les réseaux sociaux en raison de sa carrière d’actrice. 

Personnellement, je ne me suis jamais posé la question. Mais ce livre m’a tout de même apporté la réponse : au fond, on s’en fiche car ça n’a aucun intérêt. 

 

Résultat, quand il y a un meurtre elle se contente d’avoir du chagrin pendant deux paragraphes. Elle l’exprime par le biais d’un message assez générique (à peine au dessus du niveau #petitangepartitroptôt) sur Twitter ou sur Instagram puis passe à autre chose. C’est-à-dire à ce maudit gâteau comme vous l’aurez devinez. Les personnages qui gravitent autours d’elle sont très peu approfondis, ce sont des silhouettes sans grand intérêt, pratiquement interchangeables. Il y a les gentils, les méchants, et c’est tout. Profond, n’est-ce pas ? Mais je suis mauvaise langue. Un personnage se détache du lot, de par son imbécillité abyssale et son sens infinitésimal (Achille Talon, parfaitement) de la survie.  

Vous l’aurez deviné, cet ouvrage ne fait pour moi pas partie du genre des lectures indispensables. Loin de là. C’est un roman moyen et un mauvais polar que je vais m’empresser d’oublier pour passer à des lectures plus attrayantes. 

Je vous souhaite de bonnes lectures,

Miss Jack

Spoilers (au cas où je ne vous ai pas encore dissuadé de lire ce livre)

L’un des personnages a deviné qui était l’assassin et décide d’aller le lui dire (ça commence bien). Sans avertir la police – évidemment – dans l’espoir que cette personne se rende. L’assassin accepte mais demande d’aller faire un petit tour au centre commercial afin d’acheter un cadeau à sa mère avant. Non seulement notre personnage, idiot, accepte de l’accompagner mais en plus elle ne se méfie pas quand l’assassin achète un splendide coupe-papier. Vous imaginez la suite. A ce stade je n’ai aucune compassion pour un personnage aussi bête.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.