La Classe de neige est un roman d'Emmanuel Carrère

Neige amère

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Lectures

Il y a quelque temps, je m’embourbais dans la lecture d’un livre agréable qui mettait un temps fou à démarrer. Il n’avait pas de défaut particulier, en dehors de celui-ci, et m’a fait passer des heures agréables. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de regarder ailleurs. Et, dans un moment de faiblesse, j’ai fini par céder. Je me suis détournée du droit chemin. J’ai trompé mon ennui avec un autre livre. Celui dont nous allons parler aujourd’hui : La Classe de Neige, d’Emmanuel Carrère. Pris au hasard d’une étagère et lu en à peine deux jours, comme une fugace aventure. Mais qu’importent mes états d’âme, cette petite incartade ne m’a pas déçu et ce livre est une belle découverte.


« Mais Nicolas, il veut pas qu’on l’emmène, tout ce qu’il a dans la tête c’est qu’il veut rentrer chez lui ». William Sheller, Nicolas

Dans ce livre non plus, Nicolas n’est pas en excellente posture. Son père a catégoriquement refusé qu’il parte avec les autres en car vers la classe de neige et a préféré l’y déposer lui-même, en voiture. Du haut de son jeune âge, Nicolas a déjà conscience qu’à cause de cela, il lui sera difficile de se faire une place parmi les autres. Pour ne rien arranger, son père est reparti en emportant le sac qui contenait toutes ses affaires. Nicolas redoute par-dessus tout de devenir le souffre-douleur de sa classe, et en particulier de Hodkann, l’élève le plus populaire. Aux craintes du jeune garçon vont venir faire écho des menaces venues de l’extérieur : le père de Nicolas, cette ombre inquiétante, qui ne revient pas pour rendre le sac du garçon et la disparition d’un enfant de la région.

J’ai littéralement dévoré ce livre. J’ai tout d’abord été séduite par le style, extrêmement fluide et agréable à lire. J’ai été impressionnée par la justesse avec laquelle l’auteur arrive à retranscrire les pensées d’un enfant, et surtout ses joies et ses peurs. La peur d’être exclu, d’être le souffre-douleur du groupe. La joie qu’un adulte lui accorde de l’attention et s’occupe de lui, celle d’être bien au chaud, en sécurité. Tout en conservant un ton et un style d’adulte, l’auteur nous rend un instant nos yeux d’enfants et nous plonge dans cette expérience terrifiante qu’est celle de la vie de groupe et des voyages scolaires.

L’intrigue est remarquablement menée et on est littéralement plongé dans cette histoire qui pourrait paraître un brin banal au premier abord. Mais dès les premières lignes, on sent qu’un danger plane au-dessus de Nicolas. En avançant dans l’intrigue, on a l’impression qu’une épée de Damoclès est suspendue au-dessus de la tête de ce petit garçon. On est presque constamment à l’affut du danger, comme une proie en milieu hostile. On n’en savoure que plus intensément les moments de bonheur et de calme où Nicolas est au chaud, à l’abri du monde extérieur.

Parfois, on en vient à douter : un danger menace-t-il vraiment Nicolas ou notre jugement est-il altéré par l’angoisse de l’enfant ? Ces doutes s’estompent rapidement, avec l’évocation en arrière-plan de la disparition inquiétante d’un enfant du coin. Il y a aussi le père de Nicolas qui, non seulement ne répond pas aux appels, mais ne se manifeste pas pour ramener à son fils le fameux sac qu’il a oublié de lui laisser. Ce père intimidant, qui semble toujours représenter une sorte de menace pour ses enfants.

J’avais beau savoir que le couperet finirait par tomber, la révélation finale m’a fait l’effet d’un choc. Le bouleversement que j’attendais s’était produit, mais d’une manière tout à fait surprenante. Toute l’affection que je portais à Nicolas, qui s’était développée au fil des pages, a rendu ce coup d’autant plus brutal. Je savais parfaitement que la vie de Nicolas ne serait plus jamais la même. J’admire la subtilité avec laquelle l’auteur nous fait comprendre ce qui se passe tout en gardant Nicolas dans l’ignorance. Pour moi, c’est un véritable tour de force de réussir à transmettre un message a lecteur par le biais d’un narrateur qui ne le comprends pas, une vraie leçon de subtilité. L’auteur réussit à être compréhensible alors qu’aucun de ses personnages n’explique clairement ce qui se passe à Nicolas.

Cette petite aventure fut une belle découverte que je vous recommande, et surtout une belle leçon d’écriture !

Sur ce, je vous dis à bientôt pour un nouveau billet,

Miss Jack

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