Amours lunaires

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Evénements, Spectacles

Une fois par an, l’association Operacting se lance dans la mise en scène d’un opéra. Sa contrainte : rendre la pièce accessible aux néophytes et agréable aux initiés. Pour sa saison 2019, le calendrier les a poussé vers Offenbach et son Voyage dans la Lune.


Une soirée endimanchée et un sur-titrage en allemand. Voilà ce qui me reste de mes essais à l’opéra. Ça a l’air un peu méprisant, mais je suis incapable de vous donner le nom du premier que j’étais allée voir. Quant au deuxième, j’étais en Autriche et j’avais le mauvais horaire de départ. Fatalement, il me manque le début de l’histoire de Russalka. En plus, les surtitres couraient plus vite que moi.

Alors en arrivant à la mairie du sixième arrondissement, il y avait un peu d’inquiétude derrière mes lunettes. Sans compter que rester assise pendant trois heures, ça me chatouille les vertèbres. Jack, assise à côté, feuillette les papiers qu’on nous a donné. « Mais tu vas voir, c’est très bien Offenbach. »  En la matière, elle a un peu plus de bouteille, une expérience musicale et une sacrée mémoire. Elle a un petit côté souffleuse, avant le démarrage. Ou antisèche, c’est selon. “En plus, la représentation ne dure qu’une heure et quart,” ajoute Jack. Le temps de cacher mon inconfort sous le siège, elle commence.

Le Roi Vlan. © D.Voirin
Le Roi Vlan. © D.Voirin

Paris, XIXème siècle. Le roi Vlan, son fils Caprice et le savant Microscope se lancent dans une expédition historique. Le scientifique vient de terminer ses travaux sur la fusée qui leur permettra d’aller sur la Lune. Un voyage un peu chaotique plus tard, ils arrivent avec fracas à destination. Mais la surprise d’avoir atteint leur but laisse rapidement place à un autre étonnement.

Non seulement la Lune est peuplée, mais ses habitants vivent dans des maisons transparentes et ont des moeurs sensiblement différentes des leurs. Par exemple, les lunaires ne connaissent pas l’amour. Ni en théorie, ni en pratique. Un handicap pour Caprice, tombé amoureux de la princesse Fantasia.

C’est d’abord à travers la musique que va s’installer le décor. Orchestrée par l’ensemble Zoroastre, il n’y a encore personne sur scène qu’elle vous annonce l’échappée à venir. Elle emporte le spectateur dans l’univers rythmé d’Offenbach, revu et modernisé pour l’occasion. Ici, le roi Cosmos se déplace en hoverboard et cite Game of Thrones. La représentation va passer en un clin d’œil. Le dynamisme du roi Vlan, campé par Charles Guillemin, lorsqu’il se présente fait gigoter la pointe des pieds. On admire aussi les aigus et le flegme tout britannique d’Aviva Timonier, en princesse Fantasia.

Maquette lunaire

Aux manettes de cette adaptation, Alexandre Camerlo, qui réalise ici un bel exercice de condensation, l’opéra-féerie original comptant quatre actes et vingt-trois tableaux. Inspirée de coupes existantes, la troupe s’est séparée de certains des personnages et a déplacé quelques répliques. « On raconte la même histoire, mais plus vite,  » s’amuse le metteur en scène, qui laisse libre court à la plume de satiriste d’Offenbach. Le Voyage dans la Lune est notamment  l’occasion d’aborder la position des femmes dans la société, à travers des lunaires cantonnées à leur toilette et à la cuisine.  »C’est une très bonne entrée dans l’opéra », considère le metteur en scène. 

Fantasia et Caprice.  © D.Voirin
Fantasia et Caprice. © D.Voirin

Le décor, diffusé au rétroprojecteur, est psychédélique d’entrée de jeu. Mélangeant 3D et images réelles, il a été assemblé par Alexandre Camerlo. “Pour la Lune, j’ai fait la maquette avec du sable et des cailloux pour reconstituer le sol,” explique-t-il. Une fois le tout mis à l’échelle, il y ajoute des incrustations.

On aperçoit la fusée d’Hergé, un satellite américain ou un trône gentiment décalé. Autant de clins d’oeils qui rassurent et maintiennent l’attention. Les lunaires sont quant à eux habillés de lumière, dans des tenues d’un gris scintillant, créées par Françoise Delarue. On en prends plein les yeux pour finalement rentrer le cœur un peu plus léger.

@aleksduncan

Et pour aller voir l’enregistrement live de la représentation, c’est par ici !

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