Skata Vibration, un groupe d'afro-rock du Nigéria, a sorti son deuxième album le 14 février 2020

L’autre son de Lagos

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Musique

La sortie de leur deuxième album, Tatsunyan Lagos, les a amené à Paris. La veille de leur concert au Théâtre de l’Etoile, le quatuor de rockeurs de Lagos se rassemblait pour nous parler de leur parcours.  


La rencontre est fixée au 3 février. J’ai même prévu un peu d’avance, histoire d’avoir le temps de me perdre. Ceci dit, je n’imaginais pas que ça me serve une fois arrivée dans le bâtiment. Après deux tours de l’étage, dans le doute, je passe une tête dans le (bon) bureau. Celui du label. Le premier maestro débarquera peu après moi.

Un chapeau installé sur le coin de la tête, les cheveux attachés, il a l’esprit qui tourne à pleine vitesse. Avant d’aller chercher les autres, il se présente comme Jad – guitariste et francophone. Et, à la surprise générale, il boit des diabolo menthes. Pendant qu’on se met en mouvement, les gars de Lagos se suivent dans l’escalier. Laughter – bassiste – lance une salutation discrète. Il ne sortira d’ailleurs qu’à de rares occasions de sa tranquillité. Pourtant, le lendemain, elle se muera en un contentement qui irradie la scène.

Derrière lui, Adey – le batteur – solaire et énergique, me claque une bise. Bientôt rejoint par la longue silhouette de Stiques, le chanteur, dont la sérénité est surprenante, le groupe est au complet. Ensemble, ils constituent Skata Vibration, un groupe d’afro-rock venu de Lagos. Reste que les étiquettes ne sont pas leur tasse de thé. “On nous range régulièrement dans la World Music, explique tranquillement Jad, alors que c’est pas vraiment notre son.” En se baladant sur la page d’accueil du site, il relève quelques groupes. En face, Adey salue Sons of Apollo. Autour de moi, une touche de diabolo menthe, de bière, de thé et pour faire bonne mesure, un minuscule café .

La musique africaine du futur

Difficile de contourner la question du type de musique. Quitte à mettre les pieds dans le plat. Derrière ses lunettes teintées, Stiques se lance : “Partout où on passe, je dis toujours que l’on joue une musique du futur.” Un sourcil intrigué l’incite à continuer. “Dans la société où on a grandi, tous les quatres, ce n’est pas le genre de musique qu’on écoute”, m’explique-t-il. Leur recette mélange la soul, le jazz, la musique nigérienne ancienne et grunge.

Dans sa configuration actuelle, le groupe existe depuis peu. Il tourne toutefois déjà depuis huit ans comme groupe instrumental. Tous les quatres se sont rencontrés en studio, à travers des connaissances communes et à l’occasion de l’enregistrement de Wuta, le premier album de Skata Vibration. On y entend la voix de Stiques, qui, appréciant la musique, écrit quelques paroles. “Les troisièmes étaient un peu trop… Lovy Lovy,” raconte Jad en souriant. C’est à travers Adey que Jad rencontrera Stiques et Laughter et que se dessine la composition finale du groupe. 

Autre passage obligé, le nom du groupe. “Il n’a rien à voir avec le Ska ou avec le Skate,” établit Jad. Ils le doivent à un ami musicien, qui réagit à leur musique m’explique-t-il. “Il nous a dit, c’est trop ‘skata’ tout ça !” Une question gênée plus tard, le groupe m’explique que “Skata” est une expression connue au Nigéria. Comme “skata my head”, illustre Adey. Une forme d’époustouflant, de mindblowing, donc.  

Plutôt mélomane que musicienne, j’essaye de leur expliquer que j’entend un rythme différent, d’un album à l’autre. “Celui-ci est plus uptempo, explique Adey. Le premier était plutôt de l’ordre de l’expérimentation alors que le deuxième était un projet bien établi.” Stiques explique aussi ce changement par une différence d’énergie. “On avait déjà joué les chansons avant de les enregistrer, raconte-t-il. On a conçu cet album avec l’énergie que l’on met habituellement sur scène.” Pour les avoir vu jouer le lendemain, ils ne lésinent pas sur l’investissement.

Il aura fallu au quatuor deux ans pour pouvoir sortir Tatsuniyan Lagos. “On a rencontré tellement de galères, se souvient Jad, à cause du matériel ou de l’électricité qui ne fonctionnait pas.” La production demande également de nombreux allers-retours. Mais l’album est bien là, empli de fierté et d’histoires. Il raconte les difficultés d’être musicien dans une région où la musique qui marche n’est pas franchement la leur. 

“On aborde aussi des questions politiques, explique doucement Stiques. Le Nigeria fait souvent les gros titres parce qu’on a des problèmes de gouvernance, de chômage, des coupures d’électricité…” Ce dont les Nigérians ne pas responsable, souffle péniblement Adey. Alors le groupe porte ces histoires hors des frontières avec une certaine mélancolie. Parfois un peu de rage, aussi. Tour à tour ils évoquent le thème de la fraternité, quelques histoires de coeurs et leurs aspirations pour leur pays et le monde dans lequel nous vivons.

Et maintenant ? “Tourner partout, jouer pour les oreilles de tout le monde.” A défaut d’avoir les moyens de diffuser largement leur musique, ils ont la force et la détermination de conquérir le monde. 

@aleksduncan

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