L’autrice Iman Eyitayo revient ce 3 octobre pour donner fin à sa trilogie fantastique « Voyageuse », avec le tome “Magie ancestrale ». Elle avait laissé son héroïne, Kanyin, dans une situation plus que délicate à la fin du volume précédent. Ma mission, vous faire un retour de lecture en réduisant au minimum le divulgâchis…
Cet article répond à un appel à texte. J’ai reçu « Magie ancestrale » gratuitement. Merci beaucoup à l’autrice !
Lorsque « Voyageuse » démarre, Kanyin est une jeune fille fraîchement sortie du lycée. Béninoise expatriée à Montréal, elle se prépare à retourner dans son pays natal – à reculons. Passer l’été avec son père, surbooké et déconnecté, n’entrait pas dans ses envies. N’ayant pas bien le choix, elle s’y rend. Sur place, elle décide de retrouver un ami, Jun, pour rendre son séjour plus agréable.
Le problème ? Le jeune homme est dans le coma et les visites semblent compliquées à entreprendre. Un peu de persuasion lui permettra de revoir son ami, mais aussi de découvrir son statut de Voyageuse. Kanyin est l’une des cinq femmes de sa génération à pouvoir se déplacer entre les plans et se servir de la magie des runes.
Si tout commence par un entrechoquement de perles, l’héroïne découvre rapidement la vraie situation derrière l’état de son ami, et de tous ceux qui sont enfermés dans la prison des âmes avec lui. Des victimes venant d’un peu partout dans le monde. C’est alors le début d’une quête qui emmènera Kanyin jusqu’en Chine. Car cette prison spirituelle n’était que la première étape d’un plan bien plus menaçant où se mélangent disparitions, chantage et enlèvements.
Un nouveau rythme
Quelle drôle d’idée que de vous parler d’une série quand elle touche à fin. La vérité, c’est que j’ai fait un petit marathon à l’occasion de la sortie du troisième tome. «Voyageuse » figurait sur nos tablettes, et son autrice cherchait des chroniqueurs. J’ai donc lu les tomes les uns après les autres. Je dois dire que c’est satisfaisant. Je suis du genre à me perdre dans les séries et à accumuler les premiers tomes. Et donc les séries pas finies…
L’exercice m’a notamment permis de voir la progression du style de l’autrice au fil des tomes. J’ai aussi pu observer la minutie de la construction de l’univers de Kanyin et de son histoire. Des graines plantées dans les toutes premières pages ne fleurissent parfois que dans ce dernier tome. Particularité de ce tome, il alterne entre les points de vue de Kanyin et de Jun. Le récit prend ainsi un nouveau rythme.
J’ai beaucoup aimé l’importance accordée à chacun des personnages. Les personnages secondaires ne sont ni des faire-valoir des héros, ni décoratifs. Chaque profil est construit et évolue jusqu’à servir l’intrigue. Il n’y a pas non plus de personnages monolithiques. Qu’ils soient bons ou mauvais, l’autrice leur apporte des nuances enrichissantes. Elle ne les ménagent pas non plus ! Ce tome renforce également sa galerie de personnages féminins forts, dotés de pouvoir et de connaissances.
Une empreinte vidéoludique
L’utilisation des runes, qui sont ici des caractères mandarins ou des symboles ghanéens, se raffine et se complique. L’articulation de signes développe la puissance des sorts, et amplifie les risques d’erreur. Le système de magie est ainsi très intéressant par son équilibre. Il n’est pas gratuit ou infini, et s’appuie sur une ressource physique. Il demande une contrepartie.
La biographie de l’auteure affiche un amour pour Final Fantasy, et ce nouveau livre une influence vidéoludique. Les scènes d’action, et notamment les combats en groupe, ont une scénographie et une organisation qui m’évoquent le RPG.
Le dernier chapitre de ce tome vient clore tout ce qui ne l’aurait pas été dans les pages précédentes. Iman Eyitayo n’oublie rien, et maîtrise son récit jusqu’aux dernières pages.
Ils vécurent un peu trop heureux ?
Ceci étant dit, ce dernier chapitre m’a semblé un peu trop mignon. Il comporte peut-être un peu trop d’amour à mon goût (le retour de la lectrice cynique !). Il ne vient toutefois pas gâcher les chapitres précédents, qui sont remplis de suspens.
Ce dernier tome ne dénature ni n’étire excessivement l’histoire. Il lui apporte même une belle note finale.
Aleksandra Duncan
Voyageuse, tome 3 : Magie ancestrale
Iman Eyitayo