Lecture : « Le Poids des morts », de Víctor del Árbol

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Lectures

Il ne faut pas juger un livre à sa couverture, qu’ils disent. Eh bien figurez-vous que celui-ci, je ne l’ai même pas choisi pour son résumé. Enfin, pas immédiatement. « Le Poids des morts » est le premier roman de Víctor del Árbol – un polar, pour être précise. Sorti d’abord en 2006, l’auteur décide onze ans plus tard de le rééditer tel qu’il avait été publié alors. C’est ce choix qui m’a intrigué. Nous sommes en 1975, et Lucía, en exil en Autriche, décide de revenir en Espagne. Franco agonise, l’atmosphère est suffocante et elle a des fantômes à réveiller pour se libérer.


Novembre 1975. Les médias disent que Franco serait en fin de vie. L’occasion pour Lucía, exilée en Autriche avec son mari Andrès, de rentrer en Espagne avec les cendres de son père. Si l’homme ne comprend pas cette décision – malgré ses efforts, sa femme lui échappe sur de nombreux points – il va l’accompagner. L’espoir peut-être d’en savoir plus sur Lucía, de mieux la comprendre. Quant à elle, c’est le souhait de se libérer d’un poids qui motive le voyage. Elle compte bien soulever toutes les pierres qui lui permettront d’éclaircir des événements survenus trente ans plus tôt.

Les pages du roman nous amènent à un policier véreux et violent, dont l’ombre plane sur la vie de Lucía, et à un médecin traumatisé, mis au service d’un militaire d’une grande raideur et de sa femme visiblement abandonnée. Il y est également question du père de Lucía, figure communiste fictive bien aimée, dont l’histoire est plus trouble qu’il n’y paraît, et d’un vieil ami ambigu.

Une organisation minutieuse

En fermant le livre, je suis fascinée par plusieurs choses. D’abord, la capacité de l’auteur à produire aussi bien des images extrêmement poétiques que des descriptions froides et crues. Le côté poétique est surtout lié au personnage de Lucía, et exprime la tristesse palpable que porte le personnage.

La toile, finement tissée entre les personnages, est également impressionnante. Chacun a un rôle et représente un mouvement, parfois infime, dans la suite des événements. J’ai d’ailleurs l’impression que l’auteur ne propose pas de personnage-outil – et tant mieux. Tous, principaux ou secondaires, bénéficient d’un développement. L’auteur nous présente leur vie, leur psychologie et montre des profils plein de nuances et de contradictions.

L’humanité de chacun est poussée à bout. Tous souhaitent s’en sortir, mais font face à des dilemmes moraux. Víctor del Árbol décrit, raconte, mais ne se fait pas moralisateur.

Un arrière-goût de réalité

Le fond historique enfonce le clou d’une histoire déjà assez perturbante. Qu’on se comprenne bien, tous les personnages présentés sont fictifs, contrairement à Franco, à son régime et aux atrocités qui vont avec. Quelques passages ont ainsi un goût désagréable de possible et de crédible.

Moralité, « Le Poids des morts » n’est pas une lecture facile. Elle comporte des scènes d’une grande violence. On assiste à de la torture physique et mentale ainsi qu’à des viols. J’ai toujours peur de trop en dire et de divulgâcher le contenu des livres dont je parle, mais il y a ici matière à perturber selon les sensibilités.

Cela n’empêche pas le fait que la lecture a été prenante, et que l’articulation de l’histoire est très efficace. Je n’ai pas vu arriver la résolution et encore moins la fin du livre. Et, fait intéressant, Víctor del Árbol, est un ancien des services de police de la communauté autonome de Catalogne.

Aleksandra Duncan

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Créatrice et rédactrice sur Ilmi' Mag. Passionnée de musiques un peu bruyantes, dame à chat et MacGyver en formation éternelle.

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